Accorder une batterie est peut-être plus dur qu'en jouer, mais en tant que batteur, vous vous devrez d'y parvenir, afin que vos compagnons musiciens ne deviennent pas compagnons d'infortune lestés d'un boulet installé derrière ses casseroles.
Nous verrons plusieurs points cruciaux de l'accordage et des propriétés acoustiques de la batterie, car une batterie ne sonne pas uniquement parce qu’on y met des peaux :
un instrument qui produit des notes
différentes propriétés en fonction des matériaux
l'accordage des toms
l'accordage de la caisse claire
l'accordage de la grosse caisse
le 'muffling'
alternatives
Pour cette opération, prévoyez un après-midi complet, et ne croyez pas vous en sortir sans une bonne prise de tête !!!
Les "notes" de la batterie
Si dans votre vie de musicien vous n'avez jamais remarqué qu'une batterie produisait des notes, c'est que vous n'avez jamais joué ou entendu une batterie accordée. Comme les timbales, la tension des peaux influe sur le 'pitch' (hauteur) de la note.
Il convient de décider quelles notes vous retiendrez pour vos instruments, et surtout les intervalles retenus pour votre accordage. Dès lors, il serait très utile d'avoir un clavier à portée de main, ce qui vous permettra de garder à l'oreille les notes que vous avez choisies.
Ne vous souciez pas de savoir quelle sera l'influence de votre accordage sur "l'harmonie" de votre groupe, il convient surtout de déterminer comment vous voulez que votre batterie sonne.
Les intervalles retenus pour les toms sont par exemple :
Accord majeur (tom basse = fondamentale / tom medium = tierce majeure / tom alto = quinte)
Accord à l'octave (tom basse = fondamentale / tom medium = quinte / tom alto = octave)
Mais ceci est très libre et vous demandera de la pratique et de l'expérience. Pour ma part ma batterie est accordée en majeur, car j'aime la chaleur que cela produit.
Il vous faudra décider de la hauteur du tom alto avant de commencer, faites bien attention à ne pas accorder trop tendu : le tom alto pourra sonner haut perché mais vous vous rendrez compte que le tom basse ne remplira pas son rôle de basse (si vous avez choisi un accord à l'octave vous pouvez monter relativement haut pour le tom alto); ici le clavier vous aidera dans votre démarche.
Il ne faut pas non plus oublier que la batterie est un instrument composé en bois, les essences utilisées ont différentes propriétés qui guideront votre choix pour l'accordage.
Les matériaux de la batterie
Petit lexique :
-MAPLE = ERABLE
-BIRCH = BOULEAU
-MAHOGANY = ACAJOU
-BASSWOOD = TILLEUL
-POPLAR = PEUPLIER
Ce sont les bois dont les constructeurs ne cessent de vanter les mérites respectifs, avant tout ce sont les bois les plus communément employés dans la conception des fûts, regardons de plus près...
L'érable (maple tree) :
Un grand classique, sa facture est souvent exempte d'irrégularités et, assez dense, il reproduit un large spectre de fréquences, on dit alors que le son est chaud et brillant.
L'acajou (mahogany tree) :
Nous parlerons ici d'acajou des USA, à ne pas confondre avec l'acajou des Philippines qui est utilisé dans la conception de batteries d'entrée de gamme. L'acajou est un bois qui restituera plus de basses fréquences que l'érable, on dit alors que le son est donc plus chaud, plus rond.
Le bouleau (birch tree) :
Bois très dense, le son rendu par le bouleau est beaucoup moins rond et bien plus brillant que l'érable : un son qui s'extrait très facilement dans un mix.
Le tilleul (basswood tree) et le peuplier (poplar tree) :
Ce sont des bois bon marché, utilisés pour des batteries de peu de caractère, dont les propriétés acoustiques sont très variables.
Le diamètre du fût est le premier responsable de la tonalité.
La profondeur du fût joue sur la durée de la note et la résonance.
Une faible épaisseur du fût lui apporte du tonus, du corps et de la résonance.
Une forte épaisseur du fût lui apporte de la projection, et diminue la résonance.
On voit souvent des fûts avec différentes couches (ou plis) de bois, la seule couche qui nous intéresse est la couche interne du fût : le bois employé pour cette couche donnera ses caractéristiques acoustiques au fût. Le nombre de plis est aussi important que le bois; en effet plus il y a de plis, moins la batterie résonne mais le son est mieux conduit vers l’auditeur (projection), par absorption et rendu des vibrations.
On choisira donc sa batterie en fonction de ces critères, en n’oubliant pas que les couches extérieures donnent plus ou moins de timbre à la batterie. L'accordage doit donc être conforme à la sonorité voulue par le constructeur et a fortiori par l'acheteur. Bien sûr les possibilités sont infinies, mais vous avez certainement un 'son' préféré en tête.
Admettons que vous aimez les batteries au son chaud et gras, vous vous dirigerez alors sans doute vers une batterie en acajou (si bien sûr vous en avez les moyens) mais quid de l'accordage, et surtout quid des peaux ?
La peau de frappe
La peau de frappe contrôle la sensation de frappe, l’attaque, le son produit par la baguette, et le son principal de la batterie.
L’oreille entend l’attaque et la note fondamentale du fût. Les harmoniques émises par la peau de frappe se perdent avec la distance d’écoute, mais participent à la projection du son.
La peau de résonance
Les peaux de résonances sont responsables de la justesse de l’accord, et de la réponse à la frappe de la baguette sur la peau et la résonance du fut.
La peau de résonance contrôle la résonance et le sustain, elle a un rôle primordial sur les harmoniques et met en valeur le timbre du fût.
Les peaux se comportent sensiblement comme le bois : rien de comparable à une peau animale, mais pour la batterie, bonne chance si vous voulez en trouver ! On considèrera en fait l'épaisseur et le nombre de plis des peaux. Une peau épaisse aura un son plus rond, et plus il y'a de plis moins la peau résonnera (je me rend compte qu'un débutant pourrait croire qu'on fabrique des peaux à six plis, mais bien entendu, on en trouvera qu'un ou deux seulement...).
Il ne faut pas négliger la texture de la peau : sablée ou pas ? Pour la caisse claire, l'affaire est réglée : si vous utilisez des balais, il vous faut une peau sablée. Sachez quand même que les peaux sablées ont un son mat et un peu plus lourd, un rebond un poil moins important et maîtrisent les résonances les plus tenaces. Ne négligez pas l'option peaux sablées sur TOUS les fûts, c'est un son qui est très caractéristique mais aussi très agréable pour les batteurs polyvalents (je le trouve assez neutre en fait, mais c'est une affaire de goûts). Les peaux de résonance sont souvent des peaux simples, nous verrons par la suite quels sont les moyens de contrôler leurs caractéristiques, sachez néanmoins que les plus fortunés d’entre nous se permettent de mettre des peaux doubles en résonance : ce n'est pas du snobisme, c'est juste pour qu'elle ne 'chantent' pas trop sans pour autant mettre du ruban adhésif partout sur la batterie.
Bon, vous revenez du magasin où vous avez choisi vos peaux et vous avez la ferme intention d'accorder votre batterie. Profitez du fait que vous la démontez entièrement pour la nettoyer -fûts (pas d'eau du tout) et coquilles- lubrifier légèrement les tirants et examiner votre merveille sous toutes les coutures pour déceler le moindre coup qui aurait pu survenir pendant un transport. Veillez à vérifier qu'il n'y ait aucune irrégularité sur les chanfreins (une bosse, même légère, doit être soit comblée à la pâte à bois, soit éliminée au papier de verre à grain fin selon qu'elle est un enfoncement ou une saillie du bois). Pour déceler une saillie, mettez votre fût sur une surface plane, s'il est mobile, c'est mauvais signe.
L'accordage peut ensuite commencer. Munissez vous de deux clefs et d'une baguette neuve.
On commencera par les toms. Oubliez la légende qui affirme qu'on peut déterminer la note d'un fût à vide, ce genre de ragots ou d'arguments de vente ne servirait qu'à vous faire perdre un temps précieux. On pourra tout de même se faire une idée du caractère du fût en tapotant sur le fût à vide.
Posez le fût sur une surface absorbante (coussin ou moquette) côté frappe en dessous : on commence donc par la peau de résonance. Posez-la sur le chanfrein et en appuyant sur les cercles, faites-la tourner sur le chanfrein, en essayant de lui trouver une place stable, c'est à dire résistante à la rotation. Assurez- vous que la peau est bien centrée.
A l'aide des doigts serrez toues les vis jusqu'à les mettre en contact avec la rondelle et le cerclage, sans pouvoir les serrer plus à la force des doigts.
Utilisez deux clefs sur deux tirants diamétralement opposés et donnez un demi-tour de clef (clefs parallèles) que vous répétez sur les autres tirants. Faites deux fois cette opération (un tour pour chaque vis).
A ce stade, vérifiez que votre peau sonne sans interférences sonores en levant le fût et en tapant sur la peau bien au centre. Si le son est mauvais, faiblard ou grésille, donnez un quart de tour supplémentaire à chaque vis (toujours en procédant simultanément sur les vis diamétralement opposées). Testez, et répétez l'opération jusqu'à obtenir un son net et bien défini. Vous pouvez après cela reposer le fût sur votre surface absorbante.
Nous allons maintenant nous assurer que la pression est égale pour chaque vis. Pour cela il vous faut poser (mais pas appuyer) votre pouce au centre de la peau et tapoter avec votre baguette (faites-la rebondir légèrement comme pour un roulement écrasé) en face de chaque tirant à environ deux centimètres de la vis. Vos sons seront différents à coup sûr. Prenez le son le plus haut et accordez les autres tirants en serrant (ne jamais procéder par desserrage) jusqu'à obtenir la même 'note'. Pour les peaux collées au cercle (Remo et Evans) faites craquer la colle en appuyant sur le centre de la peau avec la paume de la main en plusieurs pressions successives (pas trop fort, bien entendu). Répétez l'étape précédente, il est nécessaire que la pression soit la même.
Vous desserrerez ensuite par quarts de tours vos vis jusqu'à ce que le son soit mat (tapez la peau en levant le fût), faites craquer et resserrez par huitièmes de tours jusqu'à ce que le son vous plaise (son net, exempt de distorsion harmoniques, d'interférences, et bien projetant) toujours avec vos deux clefs. Refaites une vérification de la tension de chaque tirant. Déterminez la note à l'aide de votre clavier (si vous en avez un) en ne vous souciant pas de la justesse exacte (c'est une batterie, pas une guitare) et passez à la peau de frappe.
Vous procéderez de la même façon que pour la peau de résonance, et votre coussin vous permettra de rendre la peau de résonance silencieuse.
Vous obtenez alors la note la plus grave de votre fût.
A ce stade vous pouvez aller jardiner ou boire une boisson d'homme (avec modération bien sûr) pour laisser reposer les fûts pendant au moins une heure.
A votre retour contrôlez le son de votre peau de frappe et de votre peau de résonance. Si vous constatez une altération réglez vos peaux en serrant par quarts de tour pour obtenir ce son grave et chaud et rond et net et... bref, le son que vous aviez avant d'avoir abandonné votre batterie. Faites craquer la colle et contrôlez le son de vos peau, réglez si nécessaire et contrôlez la pression de chaque tirant.
Maintenant à vous de choisir la note, de préférence en commençant par le tom alto. Le fût ne doit plus reposer sur le coussin. Commencez par la peau de frappe en procédant par seizièmes de tours. Trouvez une note au son rond et brillant, si vous traversez une zone où le son est perdu serrez encore jusqu'à obtenir un bon son, mais ne dépassez pas cette 'zone' de serrage, car au-delà, l'accord est perdu (si vous perdez l'accord, vous pouvez dans ce cas seulement desserrer quart d'un quart de tour, puis resserrer par seizièmes de tours jusqu'à obtenir un bon son) vous ajusterez ensuite le pitch de votre peau de résonance à la même hauteur que votre peau de frappe.
Répétez jusqu'à avoir une note qui vous convient, que vous retiendrez à l’aide du clavier. Sachez tout de même qu'il ne faut pas monter trop haut dans la tension (pour les raisons évoquées plus haut).
ON ACCORDE, POUR LES TOMS, LA PEAU DE FRAPPE ET LA PEAU DE RESONANCE AU MEME PITCH (voir exceptions dans la rubrique 'alternatives' de l'accordage plus bas) !
Répétez ces étapes pour les autres toms de la batterie, en essayant de coller au maximum à un accord que vous aurez choisi au clavier. Mais ne négligez pas le son de vos fûts (clair, net et doté d'une bonne projection).
J'ai choisi de traiter de la caisse claire dans une autre rubrique car on peut régler la peau de résonance et la peau de frappe différemment. Je vais sans doute commettre un sacrilège mais je préfère pour la caisse claire régler d'abord la peau de frappe parce que la principale caractéristique d'une caisse claire est dans son attaque. Vous procéderez comme pour les toms pour trouver la note la plus grave puis laisserez reposer en revérifiant le son par la suite (n'oubliez pas non plus de faire craquer la colle). Par seizièmes de tours, trouvez l'attaque et la note voulue. Maintenant occupez-vous de la peau de résonance, en ne frappant que la peau de frappe (sacrilège aussi, mais cette méthode progressiste a été approuvée par mon professeur de batterie après contrôle du rendu sonore). Le réglage de la peau de résonance vous permet de trouver un timbre à votre caisse claire. Gardez seulement à l'esprit que le son doit être propre.
Réinstallez le timbre et vérifiez que la caisse claire sonne avec le timbre, sinon trouvez une autre tension pour la peau de résonance (desserrez d'un tour complet et resserrez par seizièmes de tours).
D'abord, ne négligez pas les peaux non trouées si vous voulez un son au sustain généreux et bien grave et un rebond agréable.
Une ouverture dans la peau de résonance au diamètre trop gros revient à pas de peau du tout.
On retiendra deux caractéristiques de la grosse caisse : le 'kick' et le sustain.
On peut voir ça et là, diverses méthodes pour accorder sa grosse caisse. Par la pratique, je n'en ai retenu que deux : chercher le kick et décider de la résonance.
Pour un kick marqué, la tension doit être élevée.
Pour un son mat, trouver la note la plus basse possible (et protéger sa peau de frappe avec un patch).
Pour un sustain élevé, régler sa peau au même pitch que la peau de frappe.
Pour un sustain minimal voici ma méthode : tendre la peau de résonance jusqu'à ce que les plis disparaissent et desserrer chaque vis d'un seizième de tour jusqu'à la réapparition des plis sur la peau : ensuite serrez très précautionneusement (de façon infime, je dirais) jusqu'à disparition des plis. Contrôlez la tension des vis, puis en choisissant le son le plus mat en référence, desserrez les autres tirants pour obtenir une tension similaire.
Vous pourrez utiliser des coussins pour mater la résonance. Sachez néanmoins que les appliquer sur la peau de frappe diminue le sustain et augmente l'attaque et inversement sur la peau de résonance. L'utilisation d'un coussin en contact avec les deux peaux diminue les harmoniques et le volume, même si on gagne en précision du son.
Pour mater la résonance vous pouvez utiliser une bande de feutre d'environ 10 centimètres de largeur et l'installer au tiers supérieur de votre fût, bien tendue entre votre fût et votre peau de résonance.
Pensez à installer des sourdines grosse caisse en mousse, certains modèles de peaux en possèdent déjà, si vous voulez mater uniquement les harmoniques.
Enfin, ne négligez pas le tampon de votre batte, plus il est dense plus votre 'kick' sera marqué à l'attaque. Ne négligez pas non plus votre jeu de grosse caisse : talon levé, la batte est toujours en contact avec la peau, ce qui rendra le son plus marqué mais moins résonant ; alors qu'un jeu talon posé, où la batte n'est en contact avec la peau qu'au moment de la frappe, favorise une bonne résonance.
Pour plus d'attaque vous pourrez serrer légèrement plus votre peau de résonance que votre peau de frappe (testez par seizièmes de tours sans perdre complètement l'accord)
Pour un son gras, trouvez la note la plus basse pour la peau de résonance et n'y touchez plus pendant l'accordage de la peau de frappe; trouvez un bon son et un bon accord sur cette peau et à la fin de tout le processus d'accordage, si vous êtes vraiment sûr de votre accordage général, détendez légèrement les peaux de résonance des toms pour obtenir une vibration légèrement moins harmonique (soyez très prudent avec ce réglage, essayez de le faire avec quelqu'un qui pourra vous renseigner sur la projection de votre batterie).
Si vous décidez d'avoir le son bien net et bien rond de l'accord à la même tension mais que le sustain et les harmoniques sont trop envahissant à votre goût, utilisez des mattsounds ou d'autres sourdines -je vous déconseille le moongel : c'est très salissant et attrape poussière- ou utilisez des peaux épaisses, voire même sablées.
Petit topo sur la résonance du timbre de caisse claire :
Si des résonances harmoniques se font entendre, ne désaccordez le fût responsable qu’en dernière nécessité. Vous pouvez d’abord acheter un timbre de meilleure qualité, le tendre un peu plus, ou desserrer les tirants qui l’encadrent (d’un quart de tour à un demi tour) et compenser par une tension supérieure sur les autres tirants. Enfin vous pouvez essayer de glisser une feuille de papier (testez différents emplacements et différentes épaisseurs) entre le timbre et la peau de résonance. Enfin, vous pouvez vous y faire comme moi et apprécier cette caractéristique dans un son bien gras, bien vintage. Rock’n’roll !!!